UMAR BAH: Mon expérience avec le projet de localisation Pootle

By OUMAR BA, on 17-12-2009 16:17

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Published in : Projets, Linguistiques


UbahAyant eu l’opportunité de participer au travail sur le projet de localisation Pootle, et plus spécialement la banque de données lexicales NTIC fondamentales appelée essential qui est désormais complète avec 1073 termes, j’aimerais partager ces quelques idées et remarques dans le but d’améliorer les futurs projets de localisation fulfulde. 

Tout d’abord, le problème de la lemmatisation du verbe et de l’adjectif (appelée aussi forme de citation ou étiquetage morphologique) n’est pas résolu. J’avais proposé, concernant le verbe, les formes du subjonctif qui sont, du point de vue dialectal, plus neutres que l’infinitif dont les flexions sont régionalement très marquées. Ces formes du subjonctif sont : -a pour la voix active, -oo pour la voix moyenne et –ee pour la voix passive. Cette approche devient plus plausible lorsque l’on compare les différentes formes de l’infinitif fulfulde : la racine verbale jaɓ- donnerait ainsi jaɓde, jaɓugo, jaɓugol, jaɓuki. Si nous ajoutons les formes avec la voyelle épenthétique /u/, comme en pular du Fuuta Jaloo, nous aurons : jaɓude.

Notons qu’en pulaar du Fuuta Tooro, cette voyelle n’intervient que lorsque la racine se présente sous la forme CVVCC, c'est-à-dire si elle se terme par deux consonnes comme par ex. dans firtude. Le résultat de ce problème de lemmatisation est visible : les verbes du projet essentials ont été lemmatisés sous plusieurs formes : infinitif, subjonctif, perfectif. Par ex. le verbe anglais abort « annuler une action (dans le sens informatique) » est traduit par firta (subjonctif) et boosii (perfectif). Si l’on s’était entendu sur une seule lemmatisation, on aurait eu soit firta / boosa ou firtude / boosde. Il faut dire que la lemmatisation des verbes anglais (qui constituent la référence) y est pour quelque chose. L’infinitif anglais n’est pas flexionnel, il est plutôt indiqué en ajoutant to au verbe, donc to abort. Dans les programmes et logiciels, to est omis. On retrouve donc le verbe dans sa forme la plus simple : abort, ce qui ouvre la porte à toutes sortes de spéculations.

L’adjectif pose lui aussi problème. Prenons par ex. les traductions de absolute et abstract. Nous trouvons : huuɓi (perfectif), timmituɗum (participe), so’aaɗum (participe), miijaa (perfectif passif). Faut-il sélectionner dans l’avenir le participe avec la désinence de classe neutre ɗum ou le perfectif ?Un autre problème récurrent : le sens des termes de la langue source est souvent imprécis. Ainsi set a une multitude de sens (on parle de polysémie) qui ne sont pas précisés par les auteurs de la liste de base. De plus, ce mot peut, comme souvent en anglais qui est une langue de type isolant, être à la fois un nom et un verbe, la catégorie grammaticale n’étant pas toujours indiquée. Pour la polysémie, une solution qui s’est imposée est de proposer deux termes fulfulde séparés par une barre oblique comme l’anglais configuration traduit par gonal / suurɗino / dottine / deegle. Cette dernière traduction nous amène à ce qui est sans doute le problème le plus épineux : les synonymes dialectaux, séparés, eux aussi par la même barre. Un même terme peut être traduit différemment, selon la personnalité dialectale de l’auteur. Cela se voit avec l’exemple d’en haut firta / boosii.

Ma proposition de sélectionner les racines communes à un grand nombre de dialectes n’a pas toujours été retenue. Ainsi à côté de la racine FIRT- qui est commune au Fuuta Jaloo, Fuuta Tooro, Maasina et Adamawa, une racine opaque BOOS- dont l’usage est limité au Fuuta Tooro a été ajoutée. En général, le problème dialectal se posera dans le futur de la localisation fulfulde. Faudrait-il proposer une localisation par groupe dialectal, qui permettra à l’utilisateur de choisir par ex. entre fulfulde (fj), fulfulde (ft), fulfulde (m) ? (les abréviations pour Fuuta Jaloo, Fuuta Tooro, Maasina). Vu le peu de ressources humaines et financières, une localisation par dialecte est difficilement envisageable dans l’état actuel des choses. Mais si le fulfulde devait accéder un jour au service de traduction automatique (Google Translate en est un), une certaine standardisation du vocabulaire sera nécessaire, à mon humble avis. Je compte revenir sur la problématique de la standardisation dans un autre texte.


Last update: 17-12-2009 16:35

Keywords : traduction, linguistique, pootle, localisation, projets, grammaire pulaar
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